Dermatologie : quand les « routines TikTok » retardent le diagnostic médical

Crèmes, sérums, écrans solaires : sur TikTok, les routines skincare à rallonge séduisent de plus en plus d’adolescentes. En consultation, Béatrice De Donder, vice-présidente de l’Union professionnelle belge de dermatologie et de vénérologie (UPBDV), observe l’envers du décor : acné précoce, perte de temps avant une prise en charge médicale… et un malaise sociétal plus large autour de l’image et de la consommation.

C’est un rituel qui a remplacé le simple nettoyage de peau. Dans sa pratique quotidienne, la Dre Béatrice De Donder voit défiler une nouvelle patientèle : des adolescentes, parfois âgées de seulement 12 ans, dont l’épiderme est saturé de produits. Le coupable désigné ? Les réseaux sociaux, et en particulier TikTok, qui prônent l’accumulation de soins (le layering) sans discernement.

L’engrenage de la surconsommation

Avant même de pousser la porte d’un spécialiste, ces jeunes patientes ont souvent passé des mois à tenter de gérer leur peau via des conseils d’influenceurs. « Elles chipotent pendant un an, un an et demi avant de venir nous voir, en ayant essayé de multiples produits cosmétiques », explique la dermatologue. « Les patientes ne viennent pas pour des conseils cosmétiques. Elles viennent quand la pathologie est là. » Une pathologie multifactorielle, influencée par l’environnement et les perturbateurs endocriniens, dans laquelle les cosmétiques ne jouent qu’un rôle marginal, mais que les réseaux sociaux contribuent à aggraver en banalisant la surconsommation et l’obsession de l’image.

Loin d’être anodines, ces pratiques virent parfois à l’obsession. La dermatologue cite le cas d’une jeune fille de 12 ans souffrant d’acné, qui s’impose une discipline quasi militaire : « La fille se lève à 6 h du matin et, de 6 h à 7 h, elle est occupée dans la salle de bain à faire sa routine. Une heure de routine le matin ! ». L’objectif n’est plus de soigner, mais de « camoufler » et de copier les gestes vus en ligne.

Le mimétisme pousse à d’autres aberrations. La spécialiste s’étonne de voir des patientes de 14 ans appliquer scrupuleusement de la crème solaire « pour ne pas vieillir ». Une prévention déconnectée de la réalité scientifique… et du climat belge actuel : « C’est hallucinant. Pour avoir une prévention sur les cancers, il ne faut appliquer une crème solaire qu’à partir d’un indice UV de 3. Est-ce qu’on a un indice UV de 3 maintenant ? Pas du tout. »

Influence, esthétique et malaise de société

Pour la Dre De Donder, la question dépasse largement la dermatologie. « On incite à surconsommer. On fait croire qu’il suffit de consommer des cosmétiques pour être beau. » Un message d’autant plus problématique qu’il est parfois relayé par des (pseudo) professionnels de santé très visibles en ligne.

Cette proximité entre médecine, esthétique et intérêts financiers brouille les repères. La réglementation, une solution ? Pas nécessairement, selon la dermatologue. « On ne peut pas vraiment codifier l’esthétique. La seule réponse, c’est l’éducation. »

Une éducation qui doit toucher toutes les couches de la société. La dermatologue observe des différences culturelles et sociales marquées dans sa patientèle, mais le même phénomène traverse tous les milieux. « Même les enseignants sont surpris de la quantité de produits cosmétiques que les adolescentes emportent en voyage scolaire. »

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